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Syndrome d'Asperger
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Chercheur(s)

Laurie-Anne Sapey-Triomphe

Agrégée de sciences et vie de la terre et de l’univers. Enseigne en Master 2 préparant à l’agrégation et en Master 1 recherche à l’ENS-Lyon. Doctorante dans l’équipe DYCOG (Dynamique cérébrale et cognition) au sein du Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CRNL). Son sujet de thèse : « Inférence et apprentissage perceptifs dans l’autisme : une approche neurophysiologique et comportementale. »

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Laboratoire

Dynamique cérébrale et cognition (Dycog)

Etudie les mécanismes de la perception et de la cognition chez l’homme. Son objectif est de comprendre le substrat neurophysiologique de ces fonctions chez le sujet sain ainsi que leur dysfonctionnement en neurologie et en psychiatrie.

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Comment les personnes autistes perçoivent le monde

Un flux d’informations sensorielles envahissant, une perception très intense de la réalité : tels sont les mots souvent utilisés par les personnes présentant des troubles du spectre de l’autisme (TSA), spécialement le syndrome d’Asperger, pour parler de leur rapport au monde. Comment expliquer cette particularité ? C’est l’objet de la thèse que mène Laurie-Anne Sapey-Triomphe. Grâce à l’imagerie cérébrale, elle analyse ce qui se passe dans le cerveau des sujets avec TSA pendant qu’ils se livrent à des tâches impliquant la perception.

(...)

Quel est l’objet de votre thèse ?
Je cherche à comprendre comment les personnes présentant des troubles du spectre de l’autisme (TSA) perçoivent le monde qui les entoure. Pour cela, j’étudie leur comportement et leur fonctionnement cérébral. On parle de « troubles du spectre de l’autisme » en raison de la variabilité des symptômes (communication verbale absente ou très développée, par exemple). On estime que 1% de la population est touchée par ce trouble du développement cérébral qui se traduit par des difficultés dans les interactions sociales et par une perception intense de la réalité. Je m’intéresse spécialement au syndrome d’Asperger, une forme d’autisme sans déficience intellectuelle ni trouble du langage.

Pourquoi avoir choisi ce sujet de recherche ?
J’ai commencé par m’intéresser à la perception et à la cognition sociale dans les maladies neurodégénératives en rencontrant des personnes souffrant de ce type de pathologies. Je me suis ensuite intéressée à ces mêmes thématiques dans le neurodéveloppement, où les mécanismes se déroulent un peu en miroir par rapport aux dégénérescences. C’est alors que je me suis tournée vers l’autisme. J’ai été particulièrement touchée et fascinée par les personnes avec syndrome d’Asperger, et j’ai souhaité pouvoir contribuer à les aider.

Comment les personnes autistes perçoivent-elles le monde ?
Les personnes avec TSA disent souvent avoir une perception très intense du monde. Elles présentent à la fois une hypersensibilité à certains éléments et une hyposensibilité à d’autres : ainsi une personne pourra être fortement gênée par le grésillement d’un néon et très attirée par une lumière vive. Cette hypersensibilité peut être handicapante dans certains contextes. Par exemple, dans un groupe ou un environnement bruyant, une personne avec un TSA peut se sentir envahie, submergée par les informations sensorielles trop nombreuses. On parle alors de sensation de «surcharge sensorielle», pouvant provoquer des crises d’angoisse importantes. Il a d’ailleurs été suggéré que les «comportements répétitifs» (taper plusieurs fois dans ses mains, par exemple) survenant dans ces moments contribueraient à réduire cette angoisse en permettant à la personne d’entrer dans une «bulle de sécurité». Mais les TSA peuvent aussi se traduire par le développement de compétences exceptionnelles. C’est le cas de Stephen Wiltshire, un artiste britannique capable de dessiner une ville dans tous ses détails après l’avoir survolée une seule fois en hélicoptère.

En quoi un excès d’information est-il handicapant ?
Pour répondre à cette question, il est important de savoir que notre perception du monde ne repose pas seulement sur ce que nos sens nous disent. Elle se réfère aussi à notre expérience, grâce à laquelle nous nous construisons des modèles, des catégories, des références internes, appelés «a priori» en neurosciences. Il y a ce qu’on voit et ce qu’on s’attend à voir. Il suffit ainsi d’un nombre limité d’informations pour identifier une attitude, une situation et adapter notre comportement.

Que se passe-t-il chez les personnes avec un TSA ?
L’une des hypothèses sur laquelle nous travaillons présume que l’information sensorielle serait codée de manière trop précise, empêchant le sujet de rattacher ce qu’il perçoit à une catégorie connue. Par exemple, s’il perçoit un sourire avec toute sa singularité et ses détails, ce sera un frein à sa catégorisation et à son interprétation immédiate. Il aura donc des difficultés pour se construire une image moyenne d’un sourire et devra trouver une parade pour interpréter correctement cette expression du visage, comme mémoriser la liste de chaque sourire de chaque personne rencontrée ! On voit à quel point ce trouble peut complexifier les interactions sociales.

Comment étudier le fonctionnement cérébral de ces personnes ?
Pour essayer de mieux comprendre cette perception particulière associée à la construction d’images internes aussi précises, nous recourons à des tâches comportementales ainsi qu’à de l’imagerie cérébrale (IRMf). Ceci permet d’étudier ce qui se passe dans le cerveau de personnes avec TSA pendant qu’elles font des tâches impliquant la perception.

Qu’attendez-vous à observer ?
Nous pensons que la communication entre les différentes régions cérébrales – notamment entre les aires sensorielles et les aires où se créent les références internes – est différente chez les personnes avec TSA. Ces différences de communication pourraient être dues à un sous-dosage de certains neurotransmetteurs inhibiteurs, qu’on pourrait peut-être corréler avec des anomalies présentes au niveau des gènes. Cette perception saillante de la réalité se retrouverait ainsi tant à des niveaux moléculaires que dans les mesures de la connectivité cérébrale.

Comment, à partir de ces connaissances, améliorer nos relations avec les personnes autistes ?
Si l’on connait la perception particulière des personnes présentant un TSA, on peut adapter son comportement pour rendre les interactions plus faciles. Par exemple, en limitant ce qui peut parasiter l’échange : trop de mouvements des mains, pièce trop chargée ou trop bruyante… Et en ne s’offusquant pas de comportements « asociaux » (difficulté à croiser le regard, etc.) qui sont une manière de ne pas se laisser submerger par les informations.

Laurie-Anne Sapey-Triomphe, lauréate régionale du concours Ma thèse en 180 secondes en 2015

Laurie-Anne Sapey-Triomphe présente le sujet de sa thèse au concours Ma thèse en 180 secondesPour sensibiliser le grand public aux problématiques liées à l’autisme, Laurie-Anne Sapey-Triomphe a participé au concours Ma thèse en 180 secondes organisé par la conférence des présidents d’université et le CNRS. Ce concours destiné aux doctorants consiste à présenter son sujet de thèse en trois minutes et de manière la plus accessible possible. La performance de Laurie-Anne a été appréciée, puisqu’elle a remporté la finale de l’Université de Lyon.
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