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Kris Lund, chercheuse-entrepreuse (ICAR-CogniK)
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Chercheur(s)

Kris Lund

Ingénieur de recherche au CNRS, Kris Lund est responsable de l’équipe Cogcinel (cognition, collaboration, interactions en ligne) au sein du laboratoire Icar (interactions, corpus, apprentissage, représentations). Il s'agit d'une équipe pluridisciplinaire composée de chercheurs en sciences cognitives, psychologie, linguistique, informatique et sciences de l’information. Kris Lund est par ailleurs directrice scientifique et cofondatrice de la société CogniK.

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Laboratoire

Icar (Interactions, Corpus, Apprentissage, Représentations)

Unité mixte du CNRS, le laboratoire ICAR se caractérise par des activités scientifiques pluridisciplinaires focalisées sur l’analyse multidimensionnelle des usages de la langue dans l’interaction et dans le texte, appréhendée de manière outillée sur de grands corpus de données orales interactives et textuelles.

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Autres articles

Kris Lund, chercheuse et entrepreneuse heureuse

Experte en sciences cognitives et sciences de l’éducation, cette scientifique au profil atypique est aussi cofondatrice d’une start-up proposant des algorithmes de recommandation aux grands groupes de médias. Une double vie qu’elle assume sans complexes.

Avez-vous déjà joué à Hanabi, ce jeu de société où l’on doit coopérer avec les autres pour tirer le plus beau des feux d’artifice ? Chaque joueur a en main des cartes qu’il est le seul à ne pas voir. Pour composer le feu d’artifice, les joueurs doivent donc échanger des indications sur les cartes qu’ils possèdent en respectant des règles strictes. Hanabi est l’un des jeux préférés de Kris Lund. Pour cette chercheuse en sciences cognitives et sciences de l’éducation, c’est un laboratoire idéal pour étudier les interactions au sein d’un groupe d’enfants. Elle l’utilise ainsi avec des élèves de l’école primaire. Comment chacun va-t-il se situer par rapport au groupe ? Comment va-t-il arbitrer entre son intérêt et celui du groupe ? Comment aboutir ensemble à une décision ? Autant de questions qui entrent dans la problématique de cette spécialiste des interactions. « Je m’intéresse à la construction collaborative des connaissances au sein d’un groupe, explique-t-elle. Que ce soit en situation d’apprentissage ou de résolution de problème, avec argumentation, explication et prise de décision. »

Une étude sur le prise de décision collaborative menée avec Volvo

Kris Lund étudie ce qu’on appelle les « conduites langagières », c’est-à-dire l’ensemble des dimensions mises en jeu dans une activité partagée : le rapport de celui qui parle au groupe, les objets du discours, le genre du discours, etc. « Je m’intéresse à la façon dont la collaboration s’établit au sein d’un groupe ainsi qu’à la dynamique qui relie l’individu et le groupe, poursuit-elle. Pour cela, je croise plusieurs systèmes : linguistique, cognitif et interactionnel. Et j’étudie ensuite comment ils sont connectés. » Pour construire son modèle théorique, Kris Lund s’appuie sur des expériences réalisées dans des contextes aussi différents que l’école ou le monde de l’entreprise. Ainsi a-t-elle participé à une étude sur la prise de décision dans la conception collaborative pour le constructeur automobile Volvo.

Comprendre comment on apprend : voilà la passion qui habite Kris Lund depuis toujours. Née aux Etats-Unis d’un père américain et d’une mère finlandaise, elle s’oriente d’abord vers l’informatique et obtient un Bachelor of Arts in Computer Science, l’équivalent d’une maîtrise en informatique, à l’université Gustavus-Adolphus, dans le Minnesota. « Pour moi, il s’agissait d’acquérir un savoir-faire indispensable dans de nombreux domaines, précise-t-elle. L’informatique ne m’intéressait pas en tant que telle, mais par ce qu’elle permettait d’accomplir en matière d’apprentissage. » Dès cette époque, l’étudiante cherche des passerelles pour relier l’informatique et son goût pour les sciences de l’éducation. Mais elle se heurte à un monde dans lequel les frontières entre disciplines sont encore marquées. Elle devra donc procéder par étapes.

Des systèmes d’information à la recherche en sciences de l’éducation

Pour son DEA d'intelligence artificielle, Kris Lund a étudié la façon dont les élèves étudient deux à deux.
Pour son DEA d’intelligence artificielle, Kris Lund a étudié la façon dont les élèves étudient deux à deux. Photo : Antonio Guillem.

C’est ainsi qu’elle commence sa vie professionnelle comme ingénieur système d’abord aux Etats-Unis, puis en Suède, en France, en Finlande avant d’être embauchée, toujours comme ingénieur système, au laboratoire de physique nucléaire et hautes énergies de l’université Paris VI, dépendant du CNRS. Ne perdant pas de vue son objectif, elle décide alors de passer en parallèle un DEA d’intelligence artificielle. « Pour mon mémoire, j’ai contribué à développer un environnement informatique collaboratif dans le domaine de la physique, raconte-t-elle. Pour cela, j’ai étudié la façon dont les élèves apprenaient deux par deux. » Son DEA en intelligence artificielle en poche, elle peut se lancer dans la réalisation d’une thèse en sciences cognitives à l’université Joseph-Fourier de Grenoble. Son sujet portera sur l’« analyse de l’activité explicative en interaction » : « J’ai cherché à bâtir un modèle à partir de l’étude des dialogues d’enseignants de physiques en formation interprétant les interactions entre élèves. » Les bases de ses futurs travaux étaient posées.

Passer ainsi de l’administration des systèmes informatiques à la recherche théorique en sciences de l’éducation ne va pas de soi. Pour parvenir à ses fins, Kris Lund a dû faire preuve de patience, de détermination et de réalisme. Mais ce parcours atypique lui a permis aussi de développer des qualités uniques. Celles-ci lui ont permis de progresser rapidement au sein du laboratoire ICAR (Interactions, Corpus, Apprentissage, Représentations), unité mixte de recherche du CNRS, où elle travaille depuis une douzaine d’années. Elle en a même assuré la direction adjointe pendant quatre ans avant de devenir responsable d’équipe. Mais, plus que tout, son parcours l’a convaincue de la fécondité d’une approche pluridisciplinaire. L’équipe Cogcinel (Cognition, Collaboration, INteractions En Ligne) qu’elle anime aujourd’hui au sein du laboratoire ICAR compte des chercheurs en sciences cognitives, psychologie, linguistique, informatique et sciences de l’information. « Réunir des chercheurs d’horizons différents sur des thématiques comme la collaboration nous permet d’établir une compréhension plus étendue, bâtie sur des regards complémentaires », assure-t-elle.

Directrice scientifique de la start-up CogniK

Ce profil hors norme n’a pas manqué de taper dans l’œil de Stéphane Reynaud et Vincent Tauzia, deux ingénieurs issus de l’INSA Lyon. En 2009, les deux entrepreneurs s’apprêtent à lancer CogniK, une société qui propose des solutions de personnalisation de contenus multimédias destinés aux écrans connectés. Ils ont mis au point des algorithmes capables de recommander un contenu audiovisuel en fonction de critères liés aux centres d’intérêt du téléspectateur. A l’époque, ils visent les parents de jeunes enfants (3-6 ans), soucieux de proposer des contenus pédagogiques adaptés à leur progéniture. Pour cela, ils sont à la recherche d’un directeur scientifique qui pourrait qualifier les contenus multimédias en fonction de critères pertinents. La double compétence de Kris Lund les intéresse au plus haut point : « Ses compétences en sciences cognitives lui permettent d’établir des critères qui tiennent compte du développement de l’enfant, avec une grille de lecture intelligible pour les parents, indique Stéphane Reynaud. Son expérience dans l’informatique lui permettent d’avoir un dialogue fluide avec l’équipe technique, y compris les programmeurs et les analystes. » Les deux ingénieurs lui proposent alors de devenir cofondatrice de CogniK.

Après avoir d’abord travaillé sur les jeux éducatifs, la société s’oriente vers les dessins animés pour enfants. En 2012, elle lance Mon Nickelodeon Junior, première chaîne ludo-éducative personnalisable, en partenariat avec le groupe de médias Viacom (diffusée en France par CanalSat). Fort de cette première expérience, CogniK participe au lancement, toujours avec Viacom, de MyMTV, une chaîne de clips musicaux qui s’adapte aux goûts musicaux de l’auditeur. « La play-list tient compte de l’émotion provoquée, de l’ambiance recherchée, du tempo, du style musical ou de l’époque, précise Kris Lund. Et l’algorithme s’affine avec le temps en intégrant les avis de l’auditeur. »

Logo de la société CogniKCogniK : des solutions pour la télévision personnalisée

Fondée en 2009, la société CogniK est présente aujourd’hui à Lyon New-York et Palo-Alto. Prenant acte du changement de comportement du téléspectateur qui compose de plus en plus son programme en profitant de la diversité des chaînes et de la possibilité de la télévision de rattrapage (« replat ») , elle propose aux grandes marque de télévision des solutions leur permettant de proposer des contenus multimédias personnalisés. Les algorithmes de recommandation qu’elle a développés tiennent compte de nombreux facteurs, comme les habitudes et les préférences du téléspectateur, mais aussi le lieu où il se trouve, l’heure à laquelle il utilise le service ou l’émotion qu’il recherche.
> Le site de CogniK

Encore trop d’a priori entre le monde de l’entreprise et celui de la recherche

Si ce profil de chercheur-entrepreneur est relativement fréquent dans le champ des sciences dures, il reste plutôt rare dans celui des sciences humaines et sociales. Ce type d’initiative n’est d’ailleurs pas toujours bien perçu par le milieu de la recherche en France, qui estime que cela revient à « pactiser avec le diable ». Et ce, malgré les précautions prises par les institutions pour éviter les conflits d’intérêt. Kris Lund a ainsi présenté sa contribution scientifique à l’activité de CogniK devant une commission de déontologie du CNRS. « Il y a beaucoup d’a priori entre le monde de l’entreprise et celui de la recherche, déplore la scientifique. C’est dommage, car la coopération est très stimulante pour les deux parties. » Pour elle, une expérience entrepreneuriale apporte d’autres angles d’attaque pour résoudre les problèmes : « Et quand on est capable de multiplier les points de vue, c’est souvent une source de créativité. »

Heureusement, les choses évoluent. Dans le domaine des sciences de l’éducation, la plupart des recherches s’effectuent désormais dans un contexte interdisciplinaire. A Singapore, en juin 2016, lors de l’International Conference of the Learning Sciences (ICLS), plusieurs chercheurs comme Kris Lund ont ainsi été invités à parler de leur expérience d’entreprise.

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