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Stimulation du nerf vague sur un patient en état végétatif
Chercheur(s)

Angela Sirigu

Directrice de l’Institut de sciences cognitives (ISC) Marc-Jeannerod, chercheure CNRS en neuropsychologie et neuroscience cognitive, médaille d’argent du CNRS en 2013.

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Laboratoire

Institut de science cognitive (ISC) Marc-Jeannerod

L'ISC Marc-Jeannerod (ex-CNC) étudie les mécanismes cérébraux de la cognition et ses dysfonctionnements. Il s’appuie sur une approche multidisciplinaire (physiologie, psychologie, mathématiques, économie, neurologie et psychiatrie). C'est aussi un lieu d'interactions entre recherche fondamentale et clinique où des chercheurs œuvrent pour faire avancer la connaissance sur la physiopathologie de maladies telles que la maladie de Parkinson, la schizophrénie ou l'autisme.

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Angela Sirigu : « La stimulation du nerf vague offre aux patients gravement cérébrolésés une chance de communiquer. »

Plongé depuis quinze ans dans un état végétatif, un homme de 35 ans a recouvré des signes de conscience grâce à la stimulation du nerf vague. Ce résultat, publié le 25 septembre dans la revue Current Biology, a été obtenu par une équipe lyonnaise associant l’Institut des sciences cognitives-Marc-Jeannerod (CNRS – Université de Lyon) et les Hospices civils de Lyon. Co-auteur de l’article et directrice de l’ISC, Angela Sirigu explique la portée de cette avancée.

Pouvez-vous nous présenter les résultats obtenus par l’équipe lyonnaise ?
Après avoir stimulé électriquement durant un mois le nerf vague d’un patient plongé depuis quinze ans dans un état végétatif, nous avons constaté une amélioration notable de son état de conscience. Il pouvait ainsi répondre à des consignes simples, comme suivre un objet du regard ou tourner la tête, ce qui lui était impossible auparavant. Sa mère nous a assuré qu’il restait davantage éveillé lorsqu’un thérapeute lui lisait un livre. Il réagissait aussi fortement quand une personne approchait son visage très près du sien.

Au niveau cérébral, les résultats montrent également des changements majeurs. L’électroencéphalographie a mis en évidence une amélioration du signal spécifique d’un état de conscience minimale dans les zones importantes pour le mouvement, les sensations corporelles et la conscience. Autre fait notable, la stimulation du nerf vague (SNV) a intensifié la communication entre ces régions. Enfin, un PET scan a montré une hausse de l’activité métabolique dans les régions corticales et sous-corticales.

Augmentation du métabolisme après SNV.
Le cerveau en état végétatif (à gauche) montre une augmentation de son métabolisme trois mois après la stimulation du nerf vague (à droite) (CNRS).

Pourquoi avoir misé sur le nerf vague ?
Le nerf vague est un long nerf qui part du cerveau et innerve de nombreux organes et muscles des systèmes cardiaque, digestif et respiratoire pour en réguler le fonctionnement. Dans le cerveau, il module l’activité de la « formation réticulée », une région du thalamus impliquée dans l’éveil, ainsi que d’autres régions cérébrales profondes importantes pour les fonctions vitales. En outre, l’activité du nerf vague augmente la neurotransmission de l’adrénaline, molécule également importante pour l’éveil et la vigilance.

Pourquoi avoir choisi ce patient ?
Ce jeune homme s’est retrouvé dans un état végétatif à l’âge de 20 ans, à la suite d’un accident de voiture ayant entrainé de graves lésions cérébrales. En quinze ans, son état n’a pas évolué – ce qu’on appelle un état d’« éveil non répondant ». Nous nous sommes dit que si des changements étaient observés après la SNV, cela ne pourrait être fortuit.

Avez-vous été surpris de ce que vous avez observé ?
Non, les résultats étaient conformes aux hypothèses que nous avions faites. Il a été réconfortant pour nous de constater que les changements suscités par la SNV correspondaient à ce qui se passe lorsqu’un patient passe spontanément d’un état végétatif à un état de conscience minimale. Cela suggère que la SNV active un mécanisme physiologique naturel.

Quel enseignement tirer de ces résultats ?
Jusqu’ici on pensait qu’il n’existait aucun espoir d’amélioration chez des patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Notre étude montre que ce n’est pas vrai. Cette technique offre à ces personnes une chance de communiquer avec le monde extérieur.

Que souhaiteriez-vous que le grand public retienne de votre travail ?
Ces résultats montre l’incroyable plasticité du cerveau et capacité à se réparer.

Quelle est pour vous la prochaine étape ?
J’envisage une grande étude collaborative impliquant plusieurs centres de recherche clinique pour confirmer et élargir le potentiel thérapeutique de ce traitement. Mais en tant que neurologiste cognitif, mon objectif est aussi de comprendre les mécanismes neuronaux qui sous-tendent la conscience.

Interview réalisée par la rédaction de Cell Press,
traduction Cortex Mag.

Pour aller plus loin
> L’article publié dans la revue Current Biology.
> L’article du Monde.

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