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Cerveau flottant sur fond bleu (photo : fergregory/123RF

Le fantasme d’un cerveau libéré du corps

Récemment, une équipe du MIT a réussi à maintenir en vie pendant 36 heures le cerveau d’un cochon après l’avoir isolé de son corps. Devant une telle prouesse expérimentale, il est tentant de rêver d’immortalité. Imaginez un monde où l’on se contenterait de maintenir son cerveau en vie : finis, les désagréments liés au vieillissement ou l’altération du corps ! Mais cela est-il si simple ?

A la lumière de nos connaissances sur le fonctionnement du corps humain, maintenir le cerveau en vie hors du corps de manière durable et fonctionnelle représente à ce jour un défi énorme. Il est en effet difficile de comprendre avec précision l’ensemble des interactions entre le cerveau et le reste du corps et de séparer celles qui lui sont vitales de celles qui ne le sont pas. En effet, le cerveau n’est pas un organe qu’il suffit d’alimenter en sucre et oxygène pour qu’il continue de fonctionner normalement. Et si l’on y parvenait, cela n’immuniserait en rien le cerveau contre le vieillissement. Pour une raison simple : les neurones et les cellules gliales qui le composent vieillissent comme n’importe quel autre organe du corps. Un cerveau séparé de son corps serait donc, lui aussi, sujet au vieillissement et à ses conséquences, telles les maladies neurodégénératives. Bref, l’immortalité cérébrale, ce n’est pas pour tout de suite.

Que deviendrait la conscience ?

Cependant, il est intéressant de considérer encore un instant l’hypothèse d’un cerveau libéré du corps qui l’abrite. Qu’adviendrait-il alors de la conscience ? Aujourd’hui, grâce à l’imagerie fonctionnelle, les scientifiques sont capables de corréler activité cérébrale et état de conscience. Mais cela ne suffit pas à trancher la question de savoir si le cerveau est l’unique réceptacle de la conscience.

Pour avancer, faisons un détour par la philosophie. Descartes pensait que la conscience et le corps étaient séparés : c’est l’hypothèse dualiste. Aujourd’hui, les philosophes se rangent plutôt du côté de ce qu’on appelle le « physicalisme fonctionnaliste ». A très gros trait, cette doctrine estime que la conscience et la pensée sont le produit d’un processus biologique, d’une fonction de notre corps qui transforme des entrées sensorielles en comportement. Impossible alors de séparer la conscience du corps. Peut-on pour autant réduire le corps (et donc tous les organes qui le composent) au cerveau et affirmer que la conscience résulte du cerveau seul ?

Qu’est-ce que le soi ?

S’il est vrai que le cerveau constitue le centre cognitif du corps humain, il n’en demeure pas moins un organe parmi d’autres, avec lesquels il échange en permanence de nombreuses informations. Il reçoit ainsi une multitude de stimuli sensoriels émanant du système nerveux périphérique, de stimuli hormonaux émanant des différentes glandes endocrines, etc. Ce n’est pas tout. Des études s’intéressent à l’impact du « non-soi » sur le « soi ». Qu’entend-on par là ? Savez-vous que le corps humain héberge plus de cellules étrangères (majoritairement des bactéries) qu’il n’en possède lui-même ? Les bactéries de notre système digestif – la flore commensale –joueraient ainsi un rôle dans l’attention et pourraient être impliquées dans différents troubles neurologiques comme l’autisme, la dépression, etc. Cela nous amène à nous poser de nouvelles questions : qu’est-ce que le soi ? En séparant le cerveau du corps, accéderait-on à son « véritable » soi, épuré de toute perturbation du corps, ou bien perdrait-on, au contraire, une grande partie de ce qui fait de nous ce que nous sommes ?

On le voit, cette expérience, aussi spectaculaire soit-elle, pose plus de questions, notamment philosophiques, qu’elle n’apporte de réponses.

Pour aller plus loin
> « Des cerveaux de cochons décapités maintenus en vie posent question », article d’Emmanuel Guillet pour Sciences et avenir.

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Chercheur(s)

Hugo Ducuing

Doctorant en 2e année à l’Institut NeuroMyoGène (INMG), membre de l’équipe neurodéveloppement, cancer et signalisation dirigée par Valérie Castellani, s’intéresse à la navigation des neurones commissuraux de la moelle épinière au cours du développement embryonnaire.

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Laboratoire

Institut NeuroMyoGène (INMG)

Centre de recherche fondamentale et translationnelle focalisé sur le système neuromusculaire. Son but est d’élucider des aspects fondamentaux de la biologie cellulaire du muscle et du système nerveux en condition normale ou pathologique depuis le développement embryonnaire jusqu’au vieillissement. Les équipes de l’INMG développent une recherche multidisciplinaire intégrée, allant des gènes aux fonctions physiologiques, dans des modèles cellulaires, invertébrés et vertébrés.

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