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Pierre Savatier, le chercheur qui veut maîtriser le pouvoir des cellules souches

Pierre Savatier, le chercheur qui veut maîtriser le pouvoir des cellules souches

Voilà près de trente ans que ce biologiste réputé travaille sur les cellules souches pluripotentes, cellules à partir desquelles se forment tous les organes et les tissus d’un organisme vivant. Récemment récompensé  par l’Académie des sciences pour ses travaux, il fait le point sur les espoirs que suscitent ces super cellules, notamment pour soigner un jour des maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. Mais rappelle aussi la nécessité de soutenir la recherche fondamentale, sans laquelle aucune grande avancée ne peut se faire.


Pierre Savatier ne court pas forcément après les résultats, mais cela ne l’a pas empêché de se faire remarquer. En octobre dernier, le biologiste, directeur de recherche à l’Inserm, s’est vu décerné par l’Académie des sciences et la fondation Ramsay, un prix pour ses travaux sur les cellules souches. Ces institutions délivrent chaque année deux récompenses dans le domaine de la thérapie cellulaire et de la médecine régénérative : l’une pour des découvertes ayant un intérêt thérapeutique direct et l’autre dédiée à la recherche fondamentale. Pierre Savatier s’inscrit dans la seconde catégorie. A l’heure où le pragmatisme gagne du terrain, en matière de financement de la recherche notamment, il tient à rappeler que d’immenses découvertes sont le fruit du hasard et de la sérendipité, et que de tels travaux finissent souvent par avoir un intérêt pratique. Ainsi, nos GPS et smartphones ne fonctionneraient pas si Einstein ne s’était penché sur les dilatations de l’espace-temps en se demandant ce qui arriverait s’il pouvait chevaucher un rayon de lumière !

Pionnier français des cellules souches pluripotentes (CSP)

Pierre Savatier, lui, ne s’intéresse pas au cosmos, mais à l’embryon, germe de tout individu humain, mais aussi animal ou végétal. Son laboratoire est le seul en Europe à comparer directement les embryons de différentes espèces : souris, poulets, lapins… et hommes, bien sûr. Sa spécialité, ce sont les cellules souches pluripotentes (CSP) : ce terme savant dissimule un véritable petit miracle de la vie. Durant la première semaine de développement de l’embryon, ces cellules ont la capacité de se transformer en n’importe quelle autre pour fabriquer de la peau, du sang, des os, des neurones… Identifiées au début des années 80 chez la souris par des chercheurs britanniques et américains, ces cellules suscitent immédiatement l’intérêt de Pierre Savatier : deux ans après avoir validé son doctorat (en 1986), il rejoint l’université d’Oxford pour apprendre à les manipuler. Après un an et demi de spécialisation, il rapporte cette technologie dans la région lyonnaise, faisant bénéficier l’ENS puis l’Inra de cette expertise – rare à l’époque… En 1995 notamment, il publie un article décisif sur la différenciation des cellules souches embryonnaires de souris en neurones. Cette publication signe, pour ainsi dire, le coup d’envoi de la recherche sur l’utilisation des CSP pour soigner des maladies neurodégénératives.

L’utopie : créer un jour n’importe quel cellule à partir des CSP

Devenu directeur de recherche à l’Inserm en 2004, Pierre Savatier poursuit sont travail de recherche sur la différenciation et la spécialisation des CSP. «Il faut imaginer ça comme un immense réseau ferré avec des aiguillages un peu partout», explique-t-il. À chaque étape, la cellule «choisit» une direction. Peu à peu, le nombre de possibilités de choix se restreint, jusqu’à ce que la cellule ait pris sa forme définitive. En temps normal, c’est le programme génétique contenu dans l’ADN qui détermine la direction qu’elle prend. Alors, pour mieux comprendre comment fonctionne ce processus, Pierre Savatier cultive des cellules en laboratoire et tente de les forcer à prendre telle ou telle direction.

Outre une meilleure connaissance du programme génétique, les perspectives thérapeutiques issues de ce type de travaux sont révolutionnaires. Il est envisageable qu’on puisse un jour créer n’importe quel type de cellule à partir des CSP. Par exemple, des neurones pour soigner les pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. «Mais nous en sommes encore loin», tempère Pierre Savatier. En effet, à ce jour, les CSP cultivées en laboratoire sont trop différentes de celles qui interviennent réellement dans la nature. L’enjeu du moment est plutôt d’obtenir des cellules de meilleure qualité.

Mais le développement de CSP en culture présente un autre intérêt. «Cela permettrait aussi d’améliorer l’efficacité de la procréation médicalement assistée», ajoute Pierre Savatier. Actuellement, les tissus embryonnaires sortis de leur milieu naturel manquent de viabilité, que ce soit dans le cadre d’un projet parental ou dans un laboratoire de recherche. «Tout le monde gagnerait à mieux connaître leur “comportement” en milieu artificiel.»

Fabriquer des modèles animaux de maladies neurodégénatives

Ces dernières années, Pierre Savatier a recentré son travail sur l’embryon. Le génome de ce dernier – son programme génétique fondamental – peut en effet être modifié par l’intermédiaire des CSP : il est possible ainsi de modifier un gène, ou même d’en introduire un nouveau, afin d’étudier précisément sa fonction. L’objectif de Pierre Savatier serait ainsi d’engendrer des animaux porteurs d’une maladie d’origine génétique pour les étudier. «On sait, par exemple, explique-t-il, que certains gènes favorisent la maladie d’Alzheimer, et on est même capable, depuis un certain temps déjà, de les injecter dans l’embryon d’une souris. Le problème, c’est que les spécimens obtenus sont trop différents de l’homme pour développer les mêmes symptômes…» Son projet, à vingt ans, serait donc de tester cette méthode sur des espèces plus proches pour obtenir des «modèles animaux» de maladies humaines. «On cherche notamment à introduire les mutations qui auraient un impact sur le développement du cerveau, afin de “fabriquer” des modèles de maladies neurodégénératives», ajoute-t-il. La démarche suscite des critiques chez ceux qui dénoncent l’utilisation des animaux en laboratoire, mais elle pourrait permettre d’en finir avec des pathologies telles que Alzheimer ou Parkinson…

Un cadre légal qui désavantage la recherche française

Autre grand problème auquel Pierre Savatier s’est retrouvé confronté : l’utilisation d’embryon ou des CSP humaines à des fins de recherche scientifique. Une partie de la population considérant qu’il s’agit déjà d’une personne humaine (comme dans le débat sur l’avortement), la législation française a opté pour un compromis en encadrant strictement leur utilisation en laboratoire (lire l’encadré). «C’est très bien que ce soit régulé, reconnaît Pierre Savatier, mais certaines dispositions virent à l’absurde.» Ainsi, pour travailler sur des CSP aujourd’hui, il faut démontrer que le projet d’étude présente un intérêt médical, «ce qui n’est pas toujours évident quand on fait de la recherche fondamentale», et qu’il ne pourrait être réalisé avec d’autres types de cellules souches. «Mais quand on entreprend ce type de recherches, on ne sait pas ce qu’on va obtenir comme résultat ! fait-il remarquer. On ne peut donc pas comparer ce que l’on ignore à ce que l’on pourrait savoir si on faisait autrement…» Pierre Savatier se prête néanmoins au jeu, montrant que si les perspectives thérapeutiques sont lointaines, elles n’en sont pas moins essentielles pour améliorer la santé humaine.

Embryon, cellules souches : ce que dit la loi

Pour obtenir un embryon en France, il faut que celui-ci ait été conçu dans le cadre d’un projet parental. «On ne peut pas en fabriquer un juste pour la recherche, comme en Belgique par exemple», relève Pierre Savatier. Les biologistes français doivent donc s’adresser aux couples engagés dans une PMA. Avec ce type de technique, des embryons sont engendrés en nombre plus important que nécessaire, et certains ne seront pas utilisés par les géniteurs. Dans un délai de trois mois, ces derniers peuvent décider d’en faire don à un couple stérile ou alors à un laboratoire de recherche. Sinon les embryons sont détruits. En cas d’accord, les chercheurs peuvent étudier les embryons pendant cinq ans. «Les conditions sont beaucoup plus souples en Chine, aux États-Unis ou encore en Israël», remarque Pierre Savatier. Et leurs laboratoires prennent de l’avance.

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