Mémoire : comment réviser efficacement ses cours en période d’examens

Apprendre le soir avant de se coucher ? Une bonne stratégie de mémorisation selon les récents travaux de recherche du laboratoire d’Etudes des mécanismes cognitifs (EMC). Voici quelques conseils pratiques inspirés des neurosciences pour aider les lycéens et les étudiants à mieux réussir leurs examens de fin d’année.

Quel étudiant ne redoute pas le trou noir le jour de l’examen ? Des heures et des heures de mise en fiches des cours, de révision, de «colles» pour en arriver à cette terrifiante paralysie de la mémoire ? Bien sûr, le stress est le premier responsable de ce dysfonctionnement psychique. Mais la stratégie d’apprentissage peut aussi en être la cause. Les derniers travaux des neurosciences dans le domaine de la mémoire montrent en effet que la façon d’apprendre joue un rôle essentiel dans la rétention durable des informations. Le laboratoire d’Etudes des mécanismes cognitifs (EMC) de Lyon a ainsi mis en évidence le rôle de la distribution dans le temps des phases de révision dans la consolidation des informations en mémoire à long terme.

Les phases du processus de mémorisation

Pour comprendre ces résultats de recherche, il faut commencer par rappeler les trois grandes étapes du processus de mémorisation : l’encodage, la consolidation et la récupération (voir notre infographie). La première phase correspond au codage des différentes informations (sensorielles, motrices, émotionnelles…) et à leur intégration pour former un tout cohérent; la seconde, à leur fixation dans le cortex; la troisième, à leur restitution au moment où on en a besoin. C’est à cette deuxième étape que les équipes du laboratoire EMC se sont particulièrement intéressées.

Cartographie de la mémoire> Une infographie pour comprendre comment fonctionne notre mémoire.

Le bon espacement des sessions de révision

On savait déjà qu’il vaut mieux étaler les révisions dans le temps pour favoriser l’apprentissage. Il est ainsi plus efficace de revoir la même leçon une fois par semaine pendant quatre semaines que de la repasser plusieurs fois la même semaine. Récemment, Emilie Gerbier est allée plus loin [1] : elle a montré que l’efficacité de la restitution était améliorée par l’espacement progressif des sessions de révision. «Dans l’idéal, explique-t-elle, il faudrait revoir ses leçons selon le schéma suivant : le soir même, le lendemain, 4 jours plus tard puis 7 jours plus tard.» Cette stratégie serait efficace dès le plus jeune âge.

Des tests pour consolider le chemin d’accès aux informations

Une autre stratégie bénéfique à l’apprentissage consiste à recourir aux tests pendant les révisions. Des travaux menés aux Etats-Unis [2] montrent qu’il serait préférable de rechercher dans sa mémoire ce dont nous pouvons nous souvenir plutôt que de relire ses notes de cours. «Le fait de réactiver l’information plutôt que de l’encoder à nouveau via un support extérieur permettrait de graver un chemin d’accès en mémoire plus fiable», explique Gaën Plancher. Par ailleurs, ces tests intermédiaires favorisent l’efficacité des révisions puisqu’ils permettent à l’étudiant de concentrer son effort sur les sujets les moins bien acquis.

Utiliser le sommeil à bon escient

Dernière stratégie gagnante pour l’apprentissage : profiter de la fonction consolidatrice du sommeil. Desétudes récentes [3] ont mis en évidence, chez l’homme comme chez l’animal, un phénomène de « replay » au cours du sommeil pendant lequel le cerveau réactive spontanément les informations fraîchement encodées en mémoire. Stéphanie Mazza mène actuellement des recherches dans ce domaine. Elle a ainsi comparé une condition où le cours est appris le matin et révisé le soir avec une condition inverse. Résultat : la deuxième stratégie se révèle la plus efficace. «Les étudiants qui apprennent leurs cours le soir les révisent ensuite plus rapidement et les retiennent aussi plus longtemps», a-t-elle constaté. Interrogés une semaine plus tard, ils retiennent en moyenne 40% d’informations de plus que les autres.

Par ailleurs, Stéphanie Mazza et ses collaborateursont montré [4] que l’effet bénéfique du sommeil sur les apprentissages évoluait au cours de la vie. Ce mécanisme est en effet bien plus efficace à 20 ans qu’à 70. Une bonne raison de faire du sommeil son allié pendant les années de scolarité !

5 conseils pour bien mémoriser ses cours
  • Commencez vos révisions le plus tôt possible
  • Espacez progressivement vos révisions (par matière)
  • Testez régulièrement vos connaissances
  • Apprenez les cours importants le soir
  • Veillez sur votre sommeil
Sur le même sujet
> Infographie : comment fonctionne notre mémoire ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Chercheur(s)

Gaën Plancher

Maître de conférence à l'université Lumière Lyon 2, Gaën Plancher fait partie de l'équipe Mémoire, émotion, action au sein du laboratoire d'Etudes des mécanismes cognitifs (EMC). Elle est spécialiste de la mémoire.

Voir sa page

Stéphanie Mazza

Maître de conférence à l'université Lumière Lyon 2, membre du laboratoire d'Etudes des mécanismes cognitifs (EMC) et de l'unité de recherche Intégration centrale de la douleur (Inserm 879) à l’hôpital neurologique de Lyon, spécialiste du sommeil et de la mémoire.

Voir sa page

Emilie Gerbier

Maitre de conférence à l'Université Nice Sophia Antipolis, spécialiste des apprentissages.

Voir sa page
Laboratoire

Laboratoire d'Etude des mécanismes cognitifs (EMC)

Le Laboratoire EMC rassemble des spécialistes de l'étude de la cognition humaine sur la question des représentations mentales (symboliques ou non-symboliques) et des substrats neuronaux impliqués dans les émotions, l'attention, le langage, la mémoire et l'action. Les recherches fondamentales et appliquées sont menées auprès de populations normales (enfants, jeunes adultes, adultes âgés), déficitaires (dyslexiques, dysphasiques, sourds) et souffrant de pathologies spécifiques (patients Alzheimer, cérébrolésés, psychiatriques).

Voir son site
Autres articles